09 décembre 2004

Narco

Réalisé par Gilles Lellouche, Tristan Aurouet  
Avec Guillaume Canet, Benoît Poelvoorde, Zabou Breitman
Film français.  Genre : Comédie
Durée : 1h 45min.  Année de production : 2003
 
Synopsis :
Gustave Klopp est narcoleptique. Il s'endort n'importe où, n'importe quand, ses fréquentes crises de sommeil sont aussi brutales qu'inattendues. Si cette maladie constitue un véritable handicap pour sa vie professionnelle, elle lui permet cependant de vivre, dans ses rêves, des aventures inoubliables. À peine endormi, Gustave devient Klopp, un super-héros invincible et vengeur...
Gus partage sa vie entre Pam, sa femme, qui tient une onglerie et qui rêve, elle, à des jours meilleurs, et Lenny Bar, son meilleur ami, karatéka approximatif, disciple inconditionnel de Jean-Claude Vandamme. Ce petit monde est prédestiné à une vie simple et pépère, dans une petite ville qui sent bon le bonheur et la sérénité. Mais Gus a décidé de " bouger son cul ", comme le lui a demandé si gentiment Pam, et a entamé une thérapie de groupe. Son psy, Samuel pupkin, a découvert que Gus transforme ses rêves en incroyables bandes dessinées. Aidé par Guy Bennet, un comique raté reconverti dans l'édition, ils décident de s'approprier l'oeuvre de ce génie méconnu. Pour cela, une seule solution, se débarrasser de Gustave Klopp.
 
 
"Narco" : rencontre avec les deux réalisateurs
On peut rapprocher "Narco" d'"Atomik Circus" : deux réalisateurs, un premier film en marge, à l'ambition affichée, Benoît Poelvoorde au générique...
Gilles Lellouche : C'est vrai que les gens font la comparaison avec Atomik Circus. C'est un peu normal, on a en commun avec les frères
Poiraud un univers assez poussé, assez développé. Mais si tu regardes bien, on ne fait pas du tout le même truc. Eux, ils ont fait une série Z proclamée série Z. De notre côté, on a réalisé un film qui parle de série Z mais qui a d'autres vélléités. Nous ne sommes pas tout à fait dans le même créneau de cinéma. Eux font un peu du Sam Raimi à ses débuts alors que nous, on est un peu dans une critique de ce cinéma.

"Narco" est truffé de références au cinéma américain, ne serait-ce que dans les décors. A quelle point la culture US vous a-t-elle influencé ?
Tristan Aurouet : On a été influencés par le cinéma américain des années 70 et 80, celui avec lequel on a grandi. Après, cela se ressent logiquement dans notre film, il y a des choses plus ou moins conscientes à l'écran.

Gilles Lellouche : A titre personnel, mon premier choc cinématographique a été américain. C'était Star Wars. Une claque, j'ai du le voir dix fois dans l'année ! On a grandi avec la culture "Spielberguienne", avec les Indiana Jones, les E.T., tout un cinéma qui a eu une grosse influence sur la culture française.
Spielberg nous montrait tout d'un coup l'image d'une Amérique moyenne, avec toutes ces petites maisons bien rangées. C'était exotique, c'était très loin de nous. Aujourd'hui, on a, à la péripérie de nos grandes villes, ces petits lotissements à l'américaine. Les Etats-Unis sont à deux pas de chez nous. Dans Narco, on a voulu montrer ça. Pas seulement montrer des décors à l'américaine, mais montrer l'influence que les Etats-Unis ont eu sur nous et comment on a intégré et digéré cette influence.

Comment en êtes-vous arrivés à imaginer un film aussi original sur la narcolepsie ?
Gilles Lellouche : Pour être tout à fait honnête, l'idée vient de notre producteur. Avant d'être producteur, il était restaurateur. Tous les midis, un mec se pointait dans le restaurant. Il n'avait pas fini son entrée qu'il avait déjà la tête dans l'assiette. Tout le monde hallucinait. En parlant avec lui, notre producteur a appris qu'il était narcoleptique et qu'il s'endormait n'importe quand et n'importe où. Ca l'a tellement fait halluciner qu'il a eu l'idée d'un film où un mec s'endormirait tout le temps, serait un naze dans la vie et un super-héros dans ses rêves. Il nous a proposé l'idée avec un traitement qui n'était pas exactement celui que l'on souhaitait, alors on en a fait un scénario avec notre vision et voilà comment Narco est né.

Parler d'une pathologie comme la narcolespie à l'écran est assez ambitieux...
Gilles Lellouche : On a essayé de ne pas trahir ce qu'est le quotidien de ces gens-là. On a essayé d'être le plus juste possible. On avait vu des émissions sur le sujet, on s'est documenté un maximum, on a évidemment rencontré des narcoleptiques. Le scénario n'a en aucun cas voulu ni se moquer, ni profiter de cette pathologie. Le truc était de montrer de façon assez objective la complexité de ce que peut représenter une vie pour ces gens-là. On n'envisage pas vraiment ce que peut être un handicap, quel qu'il soit. Pour celui-ci en particulier, te réveiller tous les matins et te confronter à des gens qui te voient comme un drogué ou comme un fainéant, qui n'arrivent pas à comprendre que c'est une maladie, c'est très dur. Narco est une comédie, mais on voulait aussi sensibiliser les gens avec de la douceur et de la poésie.

Pour un premier film, les effets spéciaux du film, qui matérialisent les rêves du héros, sont particulièrement bluffants...
Tristan Aurouet : On s'est bien entouré. On avait avec nous des jeunes de notre génération qui ont totalement compris notre univers. Il y a eu beaucoup de boulot pour que les effets spéciaux s'accordent à notre vision. C'est passé par beaucoup de story-boards, beaucoup d'essais en animatic (ndlr : pré-visualisation d'une animation en 3D). Il y a eu jusqu'à huit mois entre l'exposition d'une idée et le produit fini. C'était un vrai travail d'horlogerie.

Au final, comment définiriez-vous ce "Narco" qui brasse tellement de genres ?
Tristan Aurouet : C'est difficile pour nous de ranger le film dans des cases en particulier, mais je dirais que c'est une comédie avec une part de poésie. Une comédie poétique.

"Narco" : rencontre avec Guillaume Canet
"Les Morsures de l'aube", "Vidocq", "Jeux d'enfants" et aujourd'hui "Narco". Tu sembles apprécier le fait de jouer dans des premiers films...
Guillaume Canet : C'est un peu un hasard, mais j'aime beaucoup ça. Il y a une énergie, un truc très spécial dans ces cas-là. On donne beaucoup lorsqu'on fait un premier film, il y a une innocence et une inconscience qui font que l'on se jette à corps perdu dans l'aventure. Il y a moins d'inquiétudes, de doutes, de prise de tête. Un réalisateur qui fait son deuxième ou son troisième film a conscience du temps qu'il a passé à faire le premier, donc il ne se lance pas de la même manière. Bien sûr, il y a des seconds films qui sont superbes, mais au niveau de la collaboration, au niveau du travail, je trouve que faire un film avec des novices a une saveur très particulière.

Lorsque le film est ambitieux et original comme "Narco", on imagine que cela doit être un plus...
Narco m'a immédiatement plu pour différentes raisons. Tout d'abord, le personnage est très loin de moi, il me permettait de faire à la fois une transformation physique et, au niveau du jeu, de faire quelque chose de très différent. Ensuite, j'ai adoré incarner ce personnage qui s'évade dans les rêves, qui se transforme en d'autres en fonction de ses rêves. Môme, j'avais trippé sur Le Magnifique, avec
Belmondo, je trouvais génial de jouer plusieurs personnages, donc c'était génial de faire la même chose. Enfin, le film me permettait de travailler avec deux potes, les réalisateurs Tristan Aurouet et Gilles Lellouche, qui ont énormément de talent. Leur cinéma, visuel, léché, travaillé, me plaît. Ils sont très branchés cinéma américain, celui des frères Coen, de Spike Jonze, de Michel Gondry, de Paul Thomas Anderson... Il s'inspirent de ce cinéma-là avec un ton très comique et très décalé. J'adore ça.

Dans le film, leur traitement du rêve est particulièrement original...
Le film parle du rêve en général. Les rêves que vit Gus à chaque fois qu'il s'endort, mais également les rêves américains des autres personnages :
Benoît qui veut être le plus grand karatéka du monde, Zabou qui veut être propriétaire d'une grande onglerie pour doigts de pieds... C'est un délire total sur le rêve en général, mais le film a un vrai message : on aspire tous à quelque chose, on essaie tous de nous faire croire qu'on est des stars en puissance, qu'on va tous devenir quelqu'un de connu, alors que globalement, la chose la plus importante dans la vie, même si c'est bien d'avoir des rêves et des fantasmes, c'est de savoir vivre dans sa réalité, de vivre avec ceux qu'on aime. Je trouve que c'est ce qu'il y a de plus réussi dans le film : traiter un sujet aussi fort de manière aussi délirante, aussi drôle. C'est loin d'être facile.

On peut apprendre à chanter, à danser pour un film. On peut se préparer physiquement pour un rôle. Mais comment apprend-on à dormir ?
La seule préparation que j'ai faite, c'est de rencontrer des narcoleptiques. Les côtoyer au quotidien était très enrichissant. Ils m'ont beaucoup aidé à comprendre les symptômes, à comprendre pourquoi et comment ils s'endormaient. J'ai discuté avec eux, j'ai regardé des cassettes, j'ai passé du temps en leur compagnie. Même si cela restait sur un ton de comédie, je voulais qu'il y ait un vrai respect par rapport à cette pathologie qui n'est pas marrante à vivre.

Juste un mot sur ton look dans le film. On s'endormirait presque rien qu'en te regardant !
Ce sont
Tristan et Gilles qui ont voulu que j'adopte ce style. J'ai pris dix kilos pour le rôle. Il fallait travailler sur la mollesse du personnage, son côté lymphatique, se dire que c'est quelqu'un qui n'a pas le temps de s'occuper de lui, car il s'endort tout le temps. Il est totalement amorphe, il se laisse un peu aller, n'a pas vraiment le temps d'être apprêté, alors sa barbe et ses cheveux poussent... (il baille) Vous voyez, je commence à devenir narcoleptique en vrai ! (rires)
"Narco" : rencontre avec Benoît Poelvoorde
Qu'est-ce qui t'a poussé à accepter d'être le karatéka complètement déjanté de "Narco" ?
Benoît Poelvoorde : L'histoire me faisait rire. Et j'ai eu bien raison parce que le film me fait rire comme un pendu. C'était jubilatoire de faire ce film. C'était pas compliqué à faire : une tête de con qui fait du karaté ! J'adore ce genre de personnage et j'avais tellement envie de le voir à l'écran... J'étais comme un gamin qui se filme la première fois avec un super 8 et qui veux se voir marcher à l'envers ! C'était vraiment pas compliqué, mon personnage est super marrant à jouer, c'est n'importe quoi, c'est de la poésie karatéka ! Le rôle de Guillaume était bien plus difficile. Cela dit, j'ai eu tout de même une scène très difficile en compagnie de Zabou ...

Justement, cette scène est magnifique, elle a un rôle-pivot dans le film. Elle se rapproche, au niveau de l'intensité, de la scène où tu étais au chevet de ton fils dans "Les Convoyeurs attendent"...
J'étais très content de ce que j'avais fait. Je n'ai pas l'habitude de tourner des scènes avec des actrices et, plus globalement, des scènes d'émotion. Pour moi, c'était dur mais je me suis surpris moi-même. J'avais vraiment peur de cette séquence, dans laquelle
Zabou m'avoue qu'elle ne sera jamais une princesse, une séquence où elle prend conscience que sa vie est peut-être un échec et où elle m'inclut dans cet échec en me disant que je ne serai jamais un grand karatéka. C'est le moment où je lui dis que ce n'est pas vrai, qu'elle est ma princesse à moi. C'est une scène qui me touche beaucoup, mais j'avais vraiment peur. Je leur ai dit : "Vraiment, j'ai peur. Si je n'y arrive pas, ne m'en voulez pas, je ne pourrai pas faire plus." Et à ma grande surprise, ça a été très facile, la scène s'est faite en deux prises. Et je sais pourquoi : c'est parce que j'étais moi-même ému.

Est-ce que cela te donne envie de jouer dans des films dramatiques ?
Oui, c'est ce que je vais faire (ndlr : il jouera dans Les Kangourous, le prochain film d'Anne Fontaine). J'ai eu quarante ans, j'ai traversé une période durant laquelle j'ai beaucoup réflechi sur moi-même, et j'ai accepté de faire un film dramatique. J'aime beaucoup la réalisatrice. Bon, ce sera peut-être le film le plus drôle de ma carrière si c'est une casserole (rires), mais je m'en fous, ça fait partie de ma vie. je ne crois pas aux contre-emplois, je pense simplement que, parfois, on est plus disposés à laisser sortir les choses.

Comment définirais-tu ton personnage dans "Narco" ?
Karatéka approximatif, j'aime bien. Karatéka de salon. J'adore ce personnage. Mais il est seul, c'est vraiment un homme seul, il vit dans une roulotte... Il est tout seul ce mec... Mais j'aime bien, je crois qu'on est toujours tout seul dans la vie. Après, on essaie de s'entourer de gens qui vont nous porter de l'amour et de l'amitié. Tout ça c'est fondamental, mais on est seuls, seuls, et c'est tellement difficile de l'admettre... Je suis en train de te plomber tes internautes, là ! (rires) Mais bon, pour le définir, je dirais un karatéka de salon seul. (sourire)

Le karatéka que tu joues est très spécial. Tu t'es entraîné ?
T'es fou, toi ! Je sortais de Podium, j'en avais plein le cul des entraînements ! Ils m'on demandé si je ne voulais pas m'entraîner avec un karatéka, faire du nunchaku, ils m'ont envoyé des cassettes, je leur ai dit : "Ecoutez, j'accepte de le faire, mais ne m'obligez à aucun exercice ! Je vais faire n'importe quoi, ce sera nawak, mais ce sera de la poésie !" De toutes façons, c'est un baltringue, alors si j'avais fait les cours, j'avais quinze jours seulement devant moi, j'aurais, je pense, beaucoup plus insulté le karaté et les arts martiaux. Là, j'ai fait de la poésie karatéka. Et les gens de Karaté Magazine, qui ont vu le film, m'ont remis le diplôme de "Professeur de Karaté de cinéma" ! (sourire) Ca les a fait rire. Ils ont trouvé beaucoup plus respecteux que tu dises d'emblée : "C'est trop dur d'imiter, autant faire n'importe quoi." Quand j'ai fait Le Vélo de Ghislain Lambert, je ne pouvais pas imiter un cycliste, il fallait y croire, on voit ton corps et je devais tenir longtemps sur le vélo. Pour Podium, pareil, il fallait croire que j'y croyais et que je pouvais danser. Mais ici, c'est un baltringue, il bat un enfant et discute dans les bars une canette à la main ! (rires)

Pour terminer, un petit mot sur Jean-Claude Van Damme, que ton personnage vénère par-dessus tout dans le film...
Je suis aussi fan dans la vie. Je n'ai pas vu tous ses films mais j'aime beaucoup le mec. C'est quelqu'un que je trouve bénéfique, bienveillant pour les gens. Jamais tu ne verras
Jean-Claude Van Damme dire quelque chose de méchant, de déplacé. Je ne comprends pas pourquoi on met tant d'énergie à se foutre de sa gueule. Ah oui, on sort des bouquins, on sort des phrases hors de leur contexte... Moi, je prends n'importe quel acteur, je sors une phrase de son contexte, c'est trop facile. On dit une connerie à la seconde ! Et même au niveau métaphysique et philosophique, Van Damme dit des choses parfois bien plus intelligentes que pas mal de philosophes qui ont pignon sur rue.

Posté par bartyz à 13:48 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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